P. Marie-Dominique Philippe

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Le Père Marie-Dominique Philippe naît à Cysoing (Nord) le 8 septembre 1912.
Il entre dans l’Ordre de Saint Dominique en novembre 1930 à Amiens. D’abord licencié en philosophie, il présente ensuite son mémoire de lectorat sur La sagesse selon Aristote, puis soutient un doctorat de théologie.

Il est professeur de philosophie et de théologie au Saulchoir d’Etiolles (couvent d’études des Dominicains de la Province de Paris) de 1939 à 1945 et de 1951 à 1962, et professeur de philosophie à l’Université de Fribourg (Suisse) de 1945 à 1982.

Très tôt dans ses études le Père Philippe sent la nécessité de renouveler l’enseignement philosophique et théologique, et pour cela de revenir à leurs sources respectives : l’expérience selon la perspective d’Aristote et la foi contemplative à la suite de saint Thomas d’Aquin et de saint Jean, dont les écrits le marquent profondément et auxquels il revient sans cesse. Sa recherche de vérité s’ordonne selon les trois sagesses : la sagesse philosophique, la sagesse théologique et la sagesse mystique.

A partir de 1949 le Père Philippe écrit de nombreux ouvrages de philosophie et de théologie spirituelle, qui recouvrent un large champ d’étude et d’intérêt : philosophie de l’art, réflexions sur les mathématiques et la médecine, études de métaphysique, commentaires de l’Evangile de saint Jean, écrits sur le mystère du Christ et sur la Vierge Marie, ouvrages sur la famille, etc.

A Fribourg, en 1975, à la demande de quelques étudiants français, il fonde, tout en restant dominicain, la Communauté des Frères de Saint-Jean, puis celle des Sœurs contemplatives (1983), et enfin celle des Sœurs apostoliques (1984). A ces trois communautés se joindront de nombreux laïcs, les Oblats de Saint-Jean, l’ensemble formant une nouvelle famille spirituelle dans l’Église : la Famille Saint-Jean.

En 1982, à son retour en France, tout en continuant un apostolat varié, il se consacre principalement à l’enseignement de la philosophie et de la théologie dans les maisons de formation des Frères de Saint-Jean à Rimont (Saône et Loire) et à Saint-Jodard (Loire).

Depuis 1974 une amitié profonde le lie à Karol Wojtyla. Par de nombreuses rencontres et des lettres, Jean-Paul II ne cessera de l’encourager dans sa recherche philosophique et dans son rôle auprès des frères et des sœurs de la Famille Saint-Jean.

Il meurt le 26 août 2006, entouré de nombreux fils et filles, auxquels il laisse l’héritage lumineux d’une vie toute donnée au service de l’homme et du Christ.

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Le Père Marie-Dominique Philippe a consacré sa vie à la recherche de la vérité. Son approche philosophique apparaît paradoxale, au sein de la philosophie contemporaine : elle est à la fois un retour aux sources de la réflexion occidentale et une confrontation innovante aux questions de l’homme contemporain.

Retour aux sources

C’est face à une approche scolastique trop souvent incapable d’aborder les interrogations contemporaines et enfoncée dans le dédale d’arguties logiques qu’est né le désir de reprendre un travail sur les sources grecques de saint Thomas lui-même, en reconsidérant qu’il y a deux ordres radicalement différents : celui de l’homme croyant nourri de la Parole de Dieu, essayant d’exprimer le mystère de la foi qui le dépasse infiniment ; et celui de l’homme cherchant à comprendre l’homme à partir de l’expérience, pour découvrir progressivement ce qu’il est, dans toutes ses dimensions, et quelle est sa finalité personnelle, ce pour quoi il est.

Cette distinction — partir de la lumière divine de la Révélation ou partir de l’obscurité de l’expérience humaine — est en quelque sorte la clé de mise en œuvre de la double recherche philosophique et théologique que mènera sans cesse, en parallèle et en dialogue, le Père Philippe.

Face à l’homme de notre temps

A l’inverse d’une pensée systématique, ce travail de recherche sur chaque dimension de la personne humaine permet un dialogue et une confrontation vivante avec les questions de notre époque. Le retour aux sources grecques et la distinction nette entre la problématique théologique chrétienne et l’approche philosophique sont ce qui donne à la réflexion du père Philippe la possibilité de mieux situer la philosophie contemporaine et les interrogations auxquelles elle cherche à répondre.

En effet, la philosophie post-cartésienne et a fortiori post-hégélienne n’a cessé de vouloir soit récupérer le dogmatisme théologique, soit s’y opposer, et souvent elle a fait de même par rapport à la vision chrétienne et religieuse qui fait le fond de la civilisation occidentale (comme le font les idéologies athées). Autrement dit, la plupart des problèmes de la philosophie moderne et contemporaine — de Leibniz à Feuerbach, de Freud à Heidegger — sont liés au regard chrétien ou théologique. La redécouverte du réalisme aristotélicien permet au Père Philippe, d’une part de distinguer ce qui relève des questions strictement théologiques ou de questions ultimes en philosophie réclamant un regard de sagesse auquel on n’accède qu’au terme d’un lent et long labeur d’analyse, et d’autre part de rejoindre avec acuité certaines des intuitions les plus profondes de la philosophie contemporaine lorsqu’elle cherche la vérité. La mise en lumière de l’expérience et du jugement d’existence vient converger avec le retour au réel prôné par la phénoménologie. La redécouverte de l’être en philosophie première demeure très proche des interrogations de Heidegger dans L’être et le temps, et de Merleau Ponty dans Le visible et l’invisible. Le caractère déterminant de la découverte d’autrui à travers un véritable lien personnel répond à la recherche d’Emmanuel Levinas. Et enfin, l’importance du « Je suis » dans l’expérience que la personne a d’elle-même, qui vient cristalliser la démarche métaphysique autour de la personne, croise le travail de Karol Wojtyla dans Personne et acte.

Mais l’oeuvre du Père Philippe se veut aussi à l’écoute des questions posées au philosophe par l’homme contemporain. Ainsi, la philosophie de l’activité artistique et du travail aborde, face à Nietzsche et Marx, les problèmes de la créativité, du monde de l’économie et de l’entreprise. La philosophie éthique, à partir de l’expérience de l’amour d’amitié, permet de situer les questions nouvelles posées par la bioéthique et met en lumière la responsabilité et la liberté de l’homme dans son activité, au-delà des modes éthiques. La philosophie du vivant, en rappelant la découverte de l’âme spirituelle, peut recevoir l’apport propre de la biologie à la connaissance du vivant et situer dans la croissance de l’homme l’épanouissement que la psychologie décrit au niveau qui est le sien. Enfin, la philosophie première et son aboutissement en théologie naturelle et en sagesse seront la clé d’une réflexion sur les questions existentielles dont la philosophie contemporaine se fait l’écho et qui traversent notre civilisation post-chrétienne.

Cependant, face aux angoisses de notre humanité d’aujourd’hui, dans ce moment charnière que l’Eglise vit depuis Vatican II, c’est en théologie mystique que l’apport du Père Philippe est le plus profondément en prise sur la vie humaine et chrétienne. Ayant toute sa vie travaillé les écrits johanniques (l’Evangile, la Première Epître et l’Apocalypse), formé par la rigueur du regard théologique de saint Thomas et la théologie de la miséricorde à laquelle invite sans cesse une vie d’apôtre et de contemplatif, c’est par l’élaboration d’une théologie centrée sur le mystère du Christ crucifié et glorieux et sur le mystère de Marie que, à l’ombre de saint Jean, il contribue le plus au renouveau spirituel de l’Eglise.

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